12.08.2009
Les morsures du requin tigre
Le requin tigre est de ces requins qui pour mieux appréhender un objet ou un élément nouveau finissent par le mordre, pour le goûter et ainsi mieux le connaître. Les anglais utilisent l'expression "to mouth". Souvent le requin tigre s'éloigne après cette morsure initiale. Nombre de cas répertoriés comme des attaques sont ainsi des morsures exploratoires, sans arrière-pensées.
Comme tous les requins et bien qu’on n’ait jamais à ma connaissance assisté à un accouplement, le requin tigre s’accroche probablement à sa partenaire en saisissant entre ses mâchoires son aileron dorsal pour s'agripper à elle. L'amour lui fait souvent perdre des dents.
Parfois, le requin tigre rêve d’une existence ou il ne serait pas nécessaire de mordre pour faire connaissance.
11:04 Publié dans Requinades | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : requin tigre, morsure, animaux
06.05.2009
Tous les requins Tigres ne se valent pas
La première fois que j’eus la chance de voir un requin tigre, c’était un jeune de 2m, à peine Il me rendit visite au palier, remontant la colonne d’eau attisé par la curiosité qui est le propre de cet âge. Je le pris tout d’abord pour un requin du zambèze, puis apercevant les rayures marquées qui caractérisent les jeunes spécimens (contrairement aux rides, les rayures du tigre s’estompent avec l’âge), je ne pus m’empêcher de nager dans sa direction, ce qui eut pour effet immédiat de le faire fuir à tire de nageoire. Un petit requin tigre, mais un requin tigre quand même. Et un tigre en Afrique, ça reste étonnant.
Plus tard, j’eus l’occasion de voir d’un coup bien d’autres requins tigres, beaucoup plus gros et de beaucoup plus près (n’y voyez pas de relation de cause à effet), mais ce ne fut pas pareil. Ils étaient appâtés, accessibles au premier ukrainien venu, qui les prenaient à s’y méprendre pour des tchétchénes soumis. On n’aurait plus l’idée (même si on l’a eu au début du siècle) d’attirer des lions dans une réserve en leur offrant de la viande, alors pourquoi la même idée ne nous dérange t-elle pas en immersion?
Ce shark feeding était très bien préparé, sous la superivsion des équipes de Mark Addison. Il vaut mieux avec un tigre. Ce n’est pas toujours le cas. Un accident mortel est survenu aux Bahamas cette année et un autre est en préparation, puisqu’un abruti nommé Eli Martinez s’amuse à nourrir ces requins à la main. Nul doute que leur mauvaise réputation en sortira tôt ou tard renforcée pour de très mauvaises raisons.
C’est pourquoi je pense qu’il faut s’abstenir de participer à ce genre d’opération, d’autant plus que voir un requin tigre dans ces conditions revêt un petit côté zoo assez déplaisant.
A l’inverse, rien ne remplace le plaisir que procure l’arrivée surprise et naturelle d’un spécimen de quatre mètres, comme j’ai eu l’occasion d’en voir un récemment sur Pinnacles à Ponta d’Ouro au Mozambique.
En plongée, c’est l’attente qui est magnifique. Et quand celle-ci se dissipe dans la lassitude ou la torpeur, une bonne surprise rayée vient parfois la couronner.
12:34 Publié dans Meilleures plongées avec des requins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : requin tigre, attaque, shark feeding, accident, ponta d'ouro, mozambique, animaux
18.03.2009
Pseudo attaque, vrai massacre
Vous avez peut-être entendu parler ces derniers jours de ce pêcheur sous-marin qui pour sauver « héroïquement » un de ses compagnons a dû batailler pendant plusieurs heures avec un requin tigre qu'il transperça de plusieurs flèches, avant de tenter de le noyer puis de le finir à coups de couteau. Charmant, non?
Qu'un requin tigre soit attiré par des pêcheurs sous marins, n'a rien de bien surprenant. Vous verrez dans la video ci-dessous que celui-ci n'avait pas l'air si menaçant, puisqu'il suffisait de crier dans son embout pour le faire détaler.
Vu le niveau de menace, un retour à la surface sans trop d’encombre n’aurait pas été trop difficile. A moins de vouloir faire quelques clichés sensationnalistes qui avec un soupçon d’ignorance peuvent aisément faire passer un bourreau pour un héros.
14:36 Publié dans Requinisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : requin tigre, attaque, pêcheur sous-marin, animaux, sharkuterie
07.03.2008
Erratum sur l'attaque de requin survenue aux Bahamas
Contrairement à ce qui avait été dit dans les premiers communiqués et comme on pouvait s'en douter après mon dernier post, le requin impliqué était un requin tigre. Je n'ai pas dit coupable.
17:30 Publié dans Requinades | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : attaque, requin tigre, shark feeding, bahamas, accident
06.03.2008
Informations additionnelles sur l’accident survenu lors d’un shark feeding
J’ai pu obtenir quelques informations complémentaires sur l’accident survenu lors d’un shark feeding la semaine dernière. Apparemment, il se serait produit dans les eaux bahaméennes.
J’ai pu trouver sur Youtube deux vidéos prises lors de feedings organisés par le même opérateur avant l’accident. Je n’ai pas vu sur ces vidéos de requins bouledogue, mais en revanche plusieurs requins tigre qui avaient l’air particulièrement agités, ce qui n’est pas si courant pour le requin tigre, car c’est un requin d'ordinaire calme. Il n’entre pas en frénésie, y compris quand il se nourrit sur des carcasses de baleines mortes qui pour les grands blancs sont des lieux d’orgie.
On voit néanmoins distinctement sur ces vidéos que les requins tigre viennent un peu trop fréquemment taper du museau l’objectif du caméraman. La raison est simple. ils cherchent quelque chose : l’origine de l’odeur. Faute de la localiser, ils s’énervent. S’il ne peuvent localiser cette source, c’est que toute la zone du feeding doit être saturée d’odeur et de minuscules morceaux d’appâts. Un détail ne trompe pas : les autres poissons sont très éparpillés sur toute la zone ou se trouvent les plongeurs, alors que normalement ils se concentrent autour de l’appât.
On aperçoit une densité de poissons un peu plus importante autour d’un des plongeurs agenouillés au fond (la profondeur doit être de 10m maximum). On distingue qu’il tient ce qui ressemble à un appareil photo d’une main et de l’autre un récipient dont il doit sortir des appâts de temps en temps.
Ainsi, il se met doublement en danger ainsi que les plongeurs autour de lui, d’abord en faisant que les requins associent la présence d’appât à celle des plongeurs, ensuite en éparpillant des morceaux d’appâts anarchiquement sur la zone. Il est toujours bon dans un shark feeding qu'il y ait une zone "safe" où se trouvent les plongeurs et une zone où les requins se nourrissent
Les shark feeding sûrs, comme ceux de Walker’s Cay ou d’Aliwal Shoal évitent ces deux écueils. A Walker’s Cay, la boule d’appât est congélée, ce qui évite l’éparpillement. A Aliwal shoal, les opérateurs procèdent en deux temps. D’abord ils attirent les requins avec du chum (brouet odorant), puis, une fois les requins sur zones, laissent dériver un tambour de machine à laver rempli de sardine et accroché à une drumline sur laquelle sont accroché des carcasses de plus gros poissons pour les requin tigre. Aucun morceau d’appât ne se disperse. C’est alors seulement qu’ils laissent les plongeurs se mettre à l’eau.
C’est la clé. La source d’appât ne doit pas laisser échapper de morceaux de poissons et les requins ne doivent pas être nourri directement par l’homme. Ils doivent associer ce dernier à un prédateur qui comme eux a été attiré par l’odeur.
01:10 Publié dans Requinades | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shark feeding, attaque, requin bouledogue, bahamas, requin tigre, Aliwal shoal, animaux
26.02.2008
Un requin bouledogue tue un plongeur lors d’un shark feeding

Moi-même en snorkeling avec
un requin bouledogue aux Bahamas.
Un plongeur autrichien serait mort des suites de ses blessures, le week dernier en Floride, suite à un accident survenu lors d’un shark feeding, à 50 miles au sud est de Fort Lauderdale. Apparemment, l’opérateur ne serait pas des plus fiables, puisqu’il avait déjà été averti par courrier par Neal Watson qui supervise la plupart des shark feedings de la région, Bahamas comprises.
Le requin incriminé serait un requin bouledogue (bull shark) et aurait mordu le touriste à la jambe. Ce dernier serait mort de ses blessures après avoir été transporté en hélicoptère dans un hôpital de Floride. Probablement une perte de sang trop importante. C’est le danger lors d’une attaque de requin. Si d’ailleurs le nombre de mort n’a pas augmenté plus au cours des dernières décennies, cela est principalement dû à la rapidité des secours qui permettent des transfusions plus rapides.
Nul doute que cet accident va relancer le débat sur les shark feedings et notamment ceux qui impliquent des requins dits dangereux, comme celui-ci qui attirait régulièrement requins tigre et requins bouledogue.
C’est la première fois que j’entends parler d’un accident de la sorte sur le net. Même si dans la réalité ces accidents arrivent. Il faut reconnaître qu’ils sont généralement tus par les opérateurs et qu’une véritable omerta est soigneusement entretenue par les uns et les autres. J’ai pourtant réussi à savoir par diverses indiscrétions qu’un plongeur avait été mordu au visage lors du sardine run de l’année dernière. J’ai également eu vent d’une attaque provoquées, probablement mortelle, de requin tigre en Afrique du Sud, il y a quelques années. Il semblerait qu’une attaque (mortelle ou non je ne le sais pas) impliquant un requin océanique à pointe blanche ait aussi eu lieu sur un récif du large en Egypte (Brothers ou Elphinstone, je n’en sais rien). Les guides rencontrés sur place ne me l’ont jamais confirmée, mais ils n’ont jamais cherché à l’infirmer non plus. Leur silence semblait néanmoins éloquent. L’Egypte, qui ne comporte aucun Hélicoptère de secours, ce qui est tout de même une honte quand on pense à l’argent que les plongeurs du monde entier y déversent chaque année, est à cet égard un des pires endroits où un tel accident puisse survenir.
Il est fort dommage que ces accidents soient systématiquement tus. Les opérateurs doivent estimer, justement ou non, qu’ils procureraient une baisse de la fréquentation. Je n’en suis pas si sûr. Le silence qui les entoure me semble pire. Il empêche les touristes d'évaluer les risques qu'ils courent et empêche de faire le tri entre bons et mauvais opérateurs. Il entretient aussi les pratiques abusives comme celles que l’on voit à Elphinstone où les bateaux nourrissent fréquemment les requins océaniques alors même qu’un peu plus loin des plongeurs se jettent à l’eau. Il nourrit les rumeurs infondées (rien ne me prouve en effet que les accidents dont je vous parle aient bien eu lieu).
Il serait sain qu’un serveur rassemble des données concernant ces accidents. En attendant qu’un site plus développé ne s’y colle, je vous propose de m’envoyer un mail si jamais vous avez vent de tels accidents ou abus. Après vérification, je tâcherais de les mettre en ligne.
On pourrait d’ailleurs envisager la même chose pour les accidents de plongée qui sont bien souvent eux aussi soigneusement dissimulés. Or les accidents se répètent souvent de la même façon. Les connaître, c’est pouvoir les éviter.
Pour en revenir à cet accident précis, je ne saurais encore que dire. Si ce n’est qu’il faut bien se renseigner avant de faire confiance à un opérateur qui attire en pleine eau de tels requins. Il convient également de bien observer les procédures. Le requin est un animal d’habitude. Ainsi, aux Bahamas, un opérateur avait l’habitude de nettoyer le pont des restes d’appâts, une fois les plongeurs remontés. Les requins le savaient et attendaient ces derniers morceaux de poissons. Un jour, un plongeur, après sa plongée eut la mauvaise idée de nettoyer son masque en surface. Un requin le mordit sérieusement à la main.
Il convient donc de ne se livrer à ce genre d’activité qu’avec extrême prudence et en compagnie de vrais professionnels. Il faut être avec quelqu’un qui contrôle bien les mises à l’eau ainsi que les sorties et qui surtout sache empêcher les novices de se placer à contre-courant des appâts. Les squales ne doivent pas être nourris directement à la main, bien évidemment. En Afrique du Sud à Aliwal, deux opérateurs contrôlent parfaitement ces techniques avec les requins tigres. Reste que ceux-ci n’ont pu éviter des incidents liés à l’inconscience de certains plongeurs. Ainsi ai-je pu voir une vidéo dans laquelle un père ayant confié une caméra au caisson métallique bien scintillant à son fils, laissa celui-ci foncer directement sur l’appât à contre-courant, horizontalement sous la surface. Tout ce que les requins tigre apprécient. Un requin fonça droit sur le jeune homme, se saisit de la caméra et il s’en fallut d’un miracle qu’il ne soit pas blessé. Seule l’intervention immédiate de l’opérateur permit d’éviter l’accident.
En ce qui concerne les requins bouledogue, je ne les ai jamais vus appâtés en pleine eau, mais je suspecte que la chose puisse être dangereuse, dans la mesure où le bouledogue préfère les proies vivantes qui se débattent. Ainsi, à Walker’s Cay aux Bahamas, on ne les voit pas sur le site du shark rodeo. Même chose à Aliwal shoal où ils ne viennent pas sur les lieux des plongées avec les tigres. Il se pourrait donc que notre opérateur de Floride ait utilisé une technique dangereuse et peu au point. J’avais à cet égard aperçu une vidéo sur le net où l’on apercevait requins tigre et bouledogue sous l’eau, depuis l’arrière d’un bateau. Les plongeurs devaient être sous la plateforme arrière du bateau. La technique n’avait pas l’air très élaborée et les requins étaient forcément attirés par quelque chose lancé depuis le bateau.
Une chose n’est jamais à perdre de vue quand on plonge avec un requin. Si le risque d’accident est faible, les conséquences peuvent être désastreuses. On ne peut autoriser le moindre risque.
23:35 Publié dans Requinades | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : requin bouledogue, attaque, shark feeding, Bahamas, Floride, requin tigre, animaux
01.11.2007
Les hauts et les bas du requin tigre

Ma femme en compagnie d'un requin tigre. Aliwal Shoal, Juin 2007
Les dernières observations pratiquées sur le requin tigre, comme souvent, contredisent les précédentes. Il s’avère que le requin tigre est un requin qui a des sautes d’humeur dont on n’avait jamais vraiment perçu l’origine, évidemment lunatique, sans qu’elle ne soit tout à fait nocturne.
Que ce soit en matière de profondeur, de température, de nourriture ou de lieu de résidence, le requin tigre oscille. L’hésitation est érigée chez lui en mode de vie et varie avec l’âge. S’il vous attaque un jour, ce sera du bout des dents, pour mieux vous connaître. L’adolescence du requin tigre a plusieurs rangées.
La première de ses hésitations tient à son mode de déplacement. Les anglo-saxons appellent cela son « schéma de nage rebondissant ». Le requin tigre arpente la colonne d’eau de bas en haut. A cela une raison bien simple : comme le dirigeable recherche les courants porteurs, le tigre inspecte les strates odorantes en recherche de nourriture, car les courants portent conseil. Il passe rapidement de 6 à 70m. Le tigre passe sa journée dans l’ascenseur.
Car il en va autrement la nuit. Le requin tigre n’arrive pas à se décider. Ou bien il s’éloigne en mer, ou bien il se rapproche de la côte. Dans tous les cas, il est moins actif qu’on ne le pensait et reste même parfois longtemps en un même lieu, sans doute pensif. Ce demi somnanbulisme explique sans doute le pyjama rayé qu’il porte en permanence.
On disait jusqu’à récemment que le requin tigre ne vivait qu’en eau chaude et ne descendait jamais à plus de 350m de fond. Les dernières études, basée sur la télémétrie acoustique, ont déjà (en moins de deux ans) prouvé le contraire. Les quelques requins tigres marqués à Aliwal Shoal en Afrique du Sud avec des appareils enfin fiables ont montré qu’ils pouvaient descendre ponctuellement jusqu’à 875m dans une eau à 5°c.
Reste que le tigre préfère quand même l’eau chaude. C’est indéniable. Il quitte plus ou moins les eaux du Kwazulu Natal en Juin pour ne revenir qu’en Octobre. Quelques spécimens particulièrement bien adaptés restent néanmoins dans la région en permanence. On ne sait ce qui les différencie des autres, si ce n’est un vécu de requin tigre particulier.
Deux choses semblent provoquer les transhumances du requin tigre. La nourriture et la température de l’eau. Cette dernière semble cependant bien plus déterminante. Ainsi, on ne constate pas les mêmes transhumances chez les requins tigres hawaïens que chez les tigres sud-Africains, la température des eaux hawaïennes étant bien plus constante.
Parmi les autres aspects changeant de la personnalité du requin tigre, on peut également citer son régime. Contrairement à bien d’autres requins, le tigre possède un régime extrêmement varié de proies vivantes ou non. C’est ce qui lui valu sa réputation de poubelle des mers ,puisqu’on a souvent retrouvé des objets en métal ou en plastique dans son estomac. Ce caractère de charognard lui a certainement valu d’endosser certaines attaques qu’il n’avait peut-être pas commises. Ainsi, quand on a retrouvé, il y a deux ou trois ans le bras sectionné d’un pêcheur sous-marin disparu près de Sodwana en Afrique du Sud, on a tout de suite cru que le coupable était un gros requin tigre de plus de quatre mètres observé dans la zone de recherche le même jour. Il n’est pas dit cependant que le pêcheur sous-marin ne soit pas mort d’une syncope en remontant à la surface et que le requin tigre n’ait fait que se repaître du corps qui traînait au fond.
Le régime varié du tigre en Afrique du Sud se compose principalement d’élasmobranches que l’on retrouve dans 46,5% des estomacs de spécimens capturés, puis viennent les téléostes (37,3%), les mammifères marins (36,4%), les oiseaux (22,5%), les mollusques (16,3%), des objets divers et variés (13%), les crustacés (10,7%), les reptiles (6,6% : essentiellement des tortues). Ce menu peut varier énormément selon les points du globe. Chez les tigres de Shark Bay en Australie par exemple, on trouve une dominante de tortues et de mammifères marins. Ce régime évolue de surcroît avec l’âge. Ainsi ce n’est qu’à partir de 2m50 que la tortue fait son apparition au menu. Avant cela, les mâchoires du requin tigre ne sont pas encore assez puissantes pour transpercer l’épaisse carapace de ces reptiles. Cette extrême variété des proies du requin tigre nous a longtemps fait croire que nous pourrions éventuellement faire partie du menu. Ce n’est heureusement pas le cas.
La prédation des tortues nous livre quelques enseignements sur les habitudes de chasse des requins tigre. Ainsi, on s’est longtemps demandé pourquoi les tortues vertes étaient plus épargnées par les tigres que leurs cousines les caouannes. C’est le cas en Australie comme en Afrique du Sud. Après des études, on s’est aperçu que les tortues vertes passaient bien moins de temps en surface pour prendre leur respiration. Ainsi, elles s’exposaient moins.
Comme le blanc, le tigre est un requin qui chasse à l’affût. En partant du bas, contrairement au laveur de carreaux. Inversement, quand il monte, il ne peut s’empêcher de suivre ceux qui glissent vers le bas, comme des gouttes sur une vitre. Il se nourrit souvent en surface. La combinaison de ce mode de prédation, de sa taille et de son menu varié, explique qu’il se soit rendu coupable de nombreuses attaques sur des baigneurs. Rarement sur des plongeurs toutefois, et quasiment jamais sans que celles-ci ne soient provoquées. Les accidents/incidents peuvent être considérés comme provoqués dans la mesure où dans tous les cas un appât était présent dans l’eau moment de l’attaque, qu’il s’agisse d’un shark feeding ou de pêcheurs sous marins.
Reste qu’on sent qu’il convient d’être méfiant en présence d’un tigre. Comme le longimanus, le tigre vient défier le plongeur de très près. Le mieux alors est de ne rien faire. Quand on a l’habitude, comme moi, de plonger avec une caméra, on peut toujours se protéger avec celle-ci, mais mieux vaut tout de même ne pas provoquer de contact avec le requin, même s’il vient très près. Il n’est pas dit d’ailleurs que ce ne soit pas le métal et les batteries de la caméra qui l’attire. Les requins tigres aiment également beaucoup les écrans de contrôles LCD des caméras vidéos modernes. Méfiez vous donc des caméras sous marines pourvues d’un écran de contrôle extérieur. A moins que vous n’aimiez vous faire des frayeurs.
Méfiez-vous également du calme du tigre. Quand un tigre attaque, l’attaque est rarement soudaine, il ne s’agit d’ailleurs le plus souvent même pas d’une attaque de son point de vue, mais d’un « check bite ». Une morsure investigatrice faite dans le calme. Le requin tigre n’a pas peur de vous. Il n’hésitera pas à vous « goûter » pour mieux vous identifier. Ainsi est fait son caractère.
Quoiqu’il en soit, en règle générale, le tigre évite l’homme. Pendant longtemps, on s’est d’ailleurs demandé pourquoi les palanquées de plongeurs voyaient si peu de tigres sur Aliwal shoal, alors même que le récif fait partie de leur territoire. On pourrait d’ailleurs se poser la même question pour les requins blancs du Cap. La réponse est simple, les requins tigres évitent les plongeurs.Les relevés faits sur Aliwal grâce aux requins marqués montrent que ceux-ci ne fréquentent assidument le récif que l’après midi, alors même que les dernières plongées ont lieu entre midi et une heure. Les tigres ont compris les règles de notre manège sous-marin. Quant aux spécimens qui s’aventurent sur le récif durant la matinée, les plongeurs la plupart du temps ne les voient pas. Probablement se faufilent-ils derrière les palanquées où nagent-ils en surface quand ils les croisent. Or nous ne regardons que rarement au-dessus de nos têtes, piétons que nous sommes d’un monde en deux dimensions.
Le tigre, qui est également le plus primitif des requins, la plus vieille espèce vivante, est un requin discret et furtif qui se cache et nous cache sans doute encore bien des secrets.
18:15 Publié dans Requinades | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : requin tigre, attaque, déplacements, Aliwal Shoal, nourriture, tortue, sharkuterie
05.06.2007
Des tigres en Afrique ?
Mais oui voyons, des requins tigres. Il se trouve que ce site manque récemment d’informations fraîches, de celles qu’on ne lit pas partout sur Internet. C’est pourquoi je me suis dit qu’il était temps d’aller en cueillir quelques unes à la source. Des nouvelles de première main.
La semaine prochaine, je pars plonger en Afrique du Sud voir les Tigres d’Aliwal shoal. J’ai déjà tenté le coup deux fois, en 2003 et en 2005, mais pour des raisons qui ont varié entre l’absence de requin en 2003 (la technique pour les attirer n’était pas encore aussi éprouvée qu’aujourd’hui) et une malencontreuse gueule de bois des marins en 2005, les sorties sont à chaque fois tombées à l’eau, si je puis dire.
Cette fois ci sera la bonne et si tout se passe bien, j’irais plonger deux fois avec eux. Au début, mon souhait était de retourner chasser les boules d’appât du Sardine Run, mais j’ai préféré opter pour un plan B, car pour la seconde année consécutive, le Sardine Run s’annonce bien mal. Peu de poches ont été aperçues pour le moment. L’année dernière déjà, on n’avait rien vu sur les plages du Kwazulu Natal.
Cette fois-ci, on peut définitivement dire qu’il y a un dérèglement. C’est la deuxième fois de suite alors même qu’il n’y avait déjà pas eu de Sardine run en 2004, sans doute ce coup-ci pour des raisons de fin de cycle. Ainsi, il n’y a donc eu qu’un seul vrai Run depuis 2003. Ces deux dernières années sont particulièrement suspectes. Le réchauffement climatique et El Nino ont beau dos.
Il se murmure que le gouvernement sud africain aurait accordé des permis de pêche à d’énormes chalutiers qui moissonnent le banc de sardines avant même qu’il n’ait quitté la région du Cap. Il se dit que le port de Mossel Bay est rempli de cette flotte, que l’endroit serait pris de frénésie quand elle déverse ses flots de poissons. On songerait même à construire deux conserveries sur place. Le Sardine Run, phénomène naturel sans équivalent au monde, qui se déroule inlassablement et cycliquement sans doute depuis des centaines de milliers d’années, est suspendu jusqu’à nouvel ordre sur intervention d’une poignée d’épuiseurs de ressources. Les centaines de milliers de dauphins et de requins qui sont venus pour l'occasion se sont déplacés pour rien. Leurs frais de voyage ne seront pas remboursés. C’est scandaleux. Je ne sais ce qu’on peut faire, ni à qui écrire. Je vous le ferais savoir dès que j’en saurais plus. Et surtout je vous dirais à mon retour si ces funestes rumeurs se sont vérifiées, en fonction de la présence ou non des sardines.
Quoi qu’il en soit, et pour éviter de contempler la surface de dépit, je m’en vais voir les tigres d’Aliwal, je l’espère quelques raggies, et entre une plongée à Protea Banks et une autre à Sodwana, je croiserais bien quelques baleines.
J’ai constaté sur You Tube que l’on n’attirait plus les Tigres recroquevillé dans un petit renfoncement du récif à Aliwal. Désormais, la chose se fait apparemment en pleine eau. Des morceaux de poissons sont déposés dans un seau qui pend de la surface. De nombreux requins sont attirés, notamment des requins à pointe noire. Je suis curieux de voir en quoi cette technique diffère de celle de Walker’s Cay et son Shark Rodeo.
Certes, je désapprouve officiellement ces pratiques, certes je préférerais naturellement voir un banc de sardines attaqué par une horde de requins sombres, mais je ne peux m’empêcher d’y aller, pour voir ces énormes requins à rayures de très près, des fois que demain ce ne soit plus possible... comme pour les sardines.
Tant pis pour moi ou pour le concert des Daft Punk. Si j'y pense, je les écouterais sur mon autoradio. On the Sunshine Coast.
00:25 Publié dans Requineries | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sardine Run, requin tigre, aliwal shoal, animaux, sardines, surpêche, réchauffement climatique
17.11.2006
Comment les requins ont-ils attaqué les marins de l’USS Indianapolis ?
‘When night came, things would bump against you in the dark or brush against your leg and you would wonder what it was. But honestly, in the entire 110 hours I was in the water I did not see a man attacked by a shark. However, the destroyers that picked up the bodies afterwards found a large number of those bodies. In the report, I read 56 bodies were mutilated, Maybe the sharks were satisfied with the dead. They didn't have to bite the living. »
Lewis L. Haynes, survivor
S’il est une histoire mythique parmi toutes celles qui concernent les requins, c’est celle du naufrage du croiseur américain USS Indianapolis en 1945. Mythique est le terme, puisqu’il s’agit d’une histoire qui a fait l’objet de nombreux récits, le plus célèbre restant sans doute celui qu’en fait Quint, le vieux chasseur de requin des Dents de la Mer, sorte d’Achab du siècle passé. D’après ce dernier, les requins auraient harcelé un à un et sans relâche les marins de l’Indianapolis pendant plusieurs jours, tuant celui-ci, arrachant une jambe à cet autre, le tout au milieu d’une infâme curée que seule l’arrivée bien tardive des secours fit cesser. Quint attribue d’ailleurs toutes les morts postérieures au naufrage aux requins. L’histoire se teinte d’un second niveau de lecture qui la rend encore plus mythique quand on sait que l’USS Indianapolis était sur le chemin du retour après avoir livré la bombe dévastatrice (à plus d’un titre) qui devait tomber quelques jours plus tard sur Hiroshima. La Nature faisait payer de la plus horrible des manières à une poignée d’hommes l’acte d’hybris destructeur de tout un peuple. Le décor était planté.
Les récits de survivants, bien que souvent très discordants entre eux, tracent tout de même les contours d’une histoire qui en bien des points diffère de celle que nous raconte Quint.
Tout d’abord et contrairement à ce qu’on pourrait croire, la première attaque de requin ne survint qu’après un temps d’immersion somme toute fort long. Au moins 14 heures, sans doute plus.
Le naufrage eut lieu le dimanche soir aux alentours de minuit et la première attaque que rapporte un témoin aurait eu lieu le lendemain dans la journée. Pour d’autres rescapés, cela ne commença que ponctuellement, au cours de la nuit suivant le naufrage. D’autres encore s’accordent à dire que les attaques ne commencèrent sérieusement que le mardi.
Il est à noter d’ailleurs qu’il n’était parfois pas possible aux témoins de distinguer clairement si les requins attaquaient un mort ou un vivant. En effet, les requins n’étaient, et de loin, pas la principale cause de tracas parmi les naufragés. Le soleil, le manque d’eau et l’hypothermie faisaient leur travail, quand bien même l’eau était chaude. Probablement que nombre de cas perçus par certains comme des attaques impliquaient des requins qui attaquaient un cadavre flottant en surface.
Une seconde raison qui explique les contradictions entre les témoignages tient à l’éparpillement des naufragés. Environ 900 hommes qui tombent à l’eau ne restent pas, pendant plusieurs jours, parfaitement groupés ensemble. Au contraire, ils s’éparpillent, car les courants ne sont pas uniformes. Ce qu’ont vécu certains groupes n’est pas forcément transposable à ce qu’ont vécu d’autres.
Il est à souligner que les naufragés avaient eu la bonne idée de se rassembler. Ceci eut probablement pour effet d’intimider les requins dans un premier, voire même dans un second temps, puisque quand les requins s’attaquèrent directement à un groupe de marins, ils s’en prirent d’abord à des individus situés à sa périphérie. En revanche, puisqu’une bonne idée en entraîne toujours une mauvaise (le monde étant symétrique), ceux-ci ne purent s’empêcher, suivant les consignes que prodiguaient l’US Navy à l’époque, de battre l’eau de la main pour faire fuir les premiers squales. Erreur. Ceci eut sans doute pour effet d’en attirer d’autres.
A ces battements intempestifs vint s’ajouter le vomi des marins. Un croiseur d’une telle taille qui coule, les cuves pleines, libère une quantité de mazout invraisemblable. Les naufragés qui se débattaient dans cette mélasse et la respiraient en firent les frais. Avalée, elle provoquait un rejet net. Mais la bouffe expulsée pour certains animaux à nageoires, c’est de la bouffe d’occasion. Les petits poisons attirent les moyens, et ces derniers les plus gros. Alors forcément ça aimante les requins.
Apparemment, mais, là encore, les témoignages diffèrent, les attaques, au cours des trois premiers jours, ne furent pas régulières. Selon l’heure du jour, et surtout de la nuit, leur nombre amplifiait. Il semble qu’elles s’intensifiaient en fin de journée et la nuit pour ralentir, voire s’arrêter le jour. En tout cas, jusqu’au troisième jour. Ce comportement semble bien correspondre à celui des deux seules espèces clairement identifiées : le requin tigre et le requin longimanus. Il n’est à ce propos pas à exclure qu’au moins une autre espèce ait pu être présente, qu’il s’agisse du requins soyeux (silkies) ou de l’albimarginatus (silvertips). Le requin tigre, que l’on sait volontiers charognard, fut certainement de ceux qui se nourrirent des cadavres de noyés.
L’idée de cet article n’est pas de minimiser l’enfer qu’ont vécu les marins de l’Indianapolis, mais plutôt de le présenter sous un jour différent -peut-être pire- de celui qu’on connaît habituellement . Trois conclusions s’imposent à la lecture des témoignages existants.
La première est les requins ne se précipitèrent pas agressivement et sans raison sur les marins pour les décimer méthodiquement jusqu’à l’arrivée des secours. Les requins étaient stimulés par des odeurs, par une probable importante présence d’autres poissons, par des vibrations, par des cadavres flottants. Néanmoins, il fallut quand même attendre au moins 14h avant la première attaque et encore, à partir de là, n’attaquèrent-ils pas continuellement. Le requin (même quand il est représenté par deux de ses espèces dites les plus dangereuses) est donc un prédateur bien plus prudent et moins immédiatement dangereux que ses homologues terrestres.
La deuxième conclusion est que l’on surestime peut-être l’importance des requins dans la souffrance des hommes de l’USS Indianapolis. Les témoignages réalistes conduisent à penser que sur les 600 marins environ qui périrent après le naufrage, la mort d’entre 50 et 80 est directement imputable aux requins. Nombreux sont d’ailleurs les témoignages qui ne font qu’effleurer le sujet des attaques. Les hallucinations qui faisaient apercevoir à certains la silhouette de l’épave sous leurs pieds ou une île déserte au loin, les brûlures du soleil, la soif, le froid, la mort des uns et des autres par noyade quand ils avaient le malheur de s’endormir, furent des souffrances au moins aussi pénibles que celles que leur occasionnèrent les requins.
Mais la peur la plus atroce qui habita les rescapés, certains le soulignent, fut celle d’être abandonné. La peur de mourir perdu en mer ; la peur que personne ne vienne vous chercher. Ils soulignent le fait que dans de telles conditions, le vrai courage est de choisir de vivre ou d’essayer. Les requins ne sont qu’une épreuve à supporter parmi toutes celles qui composent ce calvaire.
La troisième conclusion, qui va d’ailleurs dans le même sens que la précédente, est que les requins ont été des boucs émissaires, parmi d’autres, qui ont permis de masquer le fait que l’US Navy ait oublié ses marins pendant quatre jours.
D’ailleurs, je me dis parfois qu’il y a peut être eu des marins de l’USS Indianapolis qui, bien qu’ayant survécu, n’ont pas été retrouvés, qui ont aperçu les secours, qui les ont vus partir, que les requins n’ont même pas daigné attaquer et qui sont morts de froid et de désespoir au milieu d’une mer chaude. Abandonnés.
Ceux-là ont peut-être connu le pire du pire.
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