23.05.2008

Le tour de la question

Ces derniers temps, je me pose parfois cette question angoissante. Ai-je fait le tour de la question des requins. ? Ou plutôt, combien de fois en ai-je fait le tour ? Ne suis-je pas occupé à encercler de manière répétitive et obsessionnelle un sujet qui n’en vaut plus la peine. ? Un sentiment de requin. Une curieuse impression de tourner en rond.


Si la nature complexe de la fascination que nous portons à ces animaux était finalement plus intéressante que ces derniers. Ne se pourrait-il qu’ils ne soient que les victimes de notre imaginaire ?

Leur beauté n’est t-elle pas à mettre en rapport avec la décharge d’adrénaline injustifiée que nous procure leur présence ? L’une n’est-elle pas le résultat de l’autre ?

La réalité des requins est peut être très nettement en dessous de la représentation fantasmatique que nous nous en faisons .

Je tourne en rond.

Et je continuerai, jusqu’à ce que le problème se sente cerné.

15.04.2008

Les requins sont de gauche, mais ça ne se voit pas tout de suite

Contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord, les requins penchent à gauche. Pas physiquement, non. Politiquement.

Il y a des choses ou des êtres pour lesquels on ne se pose même pas la question. Les panneaux indicateurs, la corrida, les voitures, Pompidou, les couteaux à huîtres, sont par exemple évidemment des éléments de droite. Même si je m’interroge pour Pompidou.

En revanche et c’est incontestable, les foulards, les cheveux longs, les escaliers, les pavés, les chats, les poulpes, les lunettes rondes, les carnavals et certains anciens amis de Mitterrand sont de gauche.

Il y a des choses que nous savons immédiatement localiser dans notre cartographie politique binaire et d’autres, non. Certaines que nous croyons situer et d’autres où nous nous trompons.

Mais quels sont donc les éléments qui donnent à penser que le requin est de gauche :

- Tout d’abord, il n’arbore pas le sourire trompeur du bonimenteur.
- Il est résigné et il ne s’en cache pas.
- Il est authentique et constant dans son caractère.
- Ensuite, il confie ses enfants directement au Parti. Il ne les éduque pas personnellement, de peur de les corrompre, et laisse plutôt l’Etat les imprégner de sa loi.
- Il est persécuté et stigmatisé.
- Il chasse avec d’autres espèces, il est éclectique.
- Il tolère la différence
- Il n’y en pas en Allemagne.

Voilà, si vous voyez autre chose, n’hésitez pas à me faire signe, cette analyse n’étant pas à 100% scientifique.

11.04.2008

Quelques commentaires sur Sharkwater

Je tiens à commencer ce post par un grand remerciement à Rob Stewart qui a fait plus que n’importe qui pour défendre les requins, voire plus que tous les autres réunis. Si l’on peut discuter la caisse, on ne peut nier la résonance.

Vous l’aurez compris, c’est la partie « Oui » de l’article. Et elle n’est pas finie. Certaines images sont exceptionnelles, d’autres insoutenables, parfois les deux en même temps. Le traitement de l’image (notamment dans les scènes en noir et blanc de la première partie) et la bande son sont magnifiques.

Certains regretteront les scènes du début qui ne font que répéter ce que de si nombreux documentaires ont déjà dit. Peu importe, la visée est pédagogique. On prend les gens là où ils sont pour la plupart et on les emmène par la main un peu plus loin.

Entamons la partie : "Bon!"

Rob Stewart aime bien se voir. Il se met beaucoup en scène. Espérons que ce narcissisme ne cache rien. Espérons que nous ne sommes pas face à un Michael Moore de l’écologie documentée. Une première excuse me vient cependant à l’esprit. Il développe un côté personnel de sa relation de fascination aux requins qui me plaît. Puis une seconde, plus terre à terre : de nos jours, et pour plusieurs raisons qui tiennent aux coûts rapportés aux revenus qu’implique son combat, il a tout intérêt à médiatiser sa personne s’il veut le poursuivre.

Le film devient à mon sens vraiment passionnant à partir du moment où nous entrons, c’est le cas de le dire, dans le vif du sujet. Le massacre organisé. Saluons au passage le courage du réalisateur et de tous les membres du Sea Shepherd, même si je ne partage pas leur avis sur l’efficacité de ces méthodes.

Prenons un exemple que cite Paul Watson lui-même, qui croit que ce sont les individus seuls et l'action violente qui font bouger les choses : Nelson Mandela et la cause noire en Afrique du Sud. Héritier de Gandhi, Mandela n’a jamais vraiment cru, me semble t-il, à la lutte armée que menaient ses condisciples. Ce n’est pas à mon sens qu’il s’y opposait par principe, même si je n’en sais rien, mais j’ai surtout l’impression qu’il ne croyait pas en son efficacité. La lutte armée à surtout permis à certains rebelles de l’ANC de se faire exploser leur propre gueule avec leur propre bombe, tandis que Mandela a fait plier le gouvernement d’abord depuis sa prison, puis par les grèves qui paralysèrent l’économie sud africaine.

Inutile de le souligner, nous entrons dans la partie "mais" de l'article.

Ramenons tout cela aux requins. Si l’action de Paul Watson est utile, car elle contribue certainement à faire peur à certains braconniers, elle semble dérisoire. Je ne crois pas qu’on puisse empêcher de pauvres gens aux quatre coins du monde de tenter de gagner à tout prix cet argent qui leur fait si cruellement défaut. Qu’ils soient exploités par des salauds, aucun doute. Qu’ils soient eux-mêmes coupables, non. Je pense que même si une action de Police comme celle de Paul Watson est nécessaire et devrait être prise en charge au niveau international vue l’urgence de la situation, elle ne peut se faire sans que parallèlement soit mèné le vrai combat, celui qui consiste à faire cesser la demande. C’est aux consommateurs qu’il faut parler. Ce sont eux qui attaquent et mangent les requins. C’est aux gouvernements qu’il faut aussi s’adresser pour faire interdire ce commerce qui ne pèse finalement pas si lourd à l’échelle d’économies comme celles de la Chine et de Taïwan. C'est la demande qui tarira l’offre, comme pour l’ivoire.



Autre chose, puisque je parle du marché asiatique. Le documentaire n’évoque pas l’ensemble des protagonistes de ce carnage planétaire. Ce n’est pas forcément un oubli volontaire, mais assurément une omission malencontreuse. Sachez cependant que de nombreux pays occidentaux, avec une mention spéciale pour l’Espagne et l’Australie (la France est dans le coup aussi), participent activement à fournir le marché asiatique. L’Afrique du Sud elle-même a accordé une quinzaine de licences à des bateaux taïwanais, depuis au moins cinq ans.


Voilà, en conclusion, merci quand même Rob! Ca commence à bouger.

11.03.2008

Un instructeur mordu par un requin bouledogue lors d'un shark feeding à Cuba



Santa Lucia, Cuba, 2004. (la vidéo n'est pas de moi).

Un nouvel épisode dans ma série sur les shark feeding et la preuve de ce que je vous disais. Ce requin bouledogue est nourri à la main... et se saisit du bras. A faible distance le requin révulse ses yeux et se dirige aux courants électriques. Dès qu'il réalise son erreur, il relâche immédiatement. Autrement, c'est tout le bras qui serait parti.

Un autre bon conseil, en dehors de celui assez évident de ne pas nourrir un requin à la main : ne pas agiter les bras, surtout lorsque l'on ne porte pas de gant. Votre main risque d'être prise pour un bout d'appât qui se balade. Le requin pourvu de nageoire a du mal à concevoir ce qu'est un bras recouvert de néoprène qui se termine par une main nue.

06.03.2008

Informations additionnelles sur l’accident survenu lors d’un shark feeding

J’ai pu obtenir quelques informations complémentaires sur l’accident survenu lors d’un shark feeding la semaine dernière. Apparemment, il se serait produit dans les eaux bahaméennes.

J’ai pu trouver sur Youtube deux vidéos prises lors de feedings organisés par le même opérateur avant l’accident. Je n’ai pas vu sur ces vidéos de requins bouledogue, mais en revanche plusieurs requins tigre qui avaient l’air particulièrement agités, ce qui n’est pas si courant pour le requin tigre, car c’est un requin d'ordinaire calme. Il n’entre pas en frénésie, y compris quand il se nourrit sur des carcasses de baleines mortes qui pour les grands blancs sont des lieux d’orgie.

On voit néanmoins distinctement sur ces vidéos que les requins tigre viennent un peu trop fréquemment taper du museau l’objectif du caméraman. La raison est simple. ils cherchent quelque chose : l’origine de l’odeur. Faute de la localiser, ils s’énervent. S’il ne peuvent localiser cette source, c’est que toute la zone du feeding doit être saturée d’odeur et de minuscules morceaux d’appâts. Un détail ne trompe pas : les autres poissons sont très éparpillés sur toute la zone ou se trouvent les plongeurs, alors que normalement ils se concentrent autour de l’appât.

On aperçoit une densité de poissons un peu plus importante autour d’un des plongeurs agenouillés au fond (la profondeur doit être de 10m maximum). On distingue qu’il tient ce qui ressemble à un appareil photo d’une main et de l’autre un récipient dont il doit sortir des appâts de temps en temps.

Ainsi, il se met doublement en danger ainsi que les plongeurs autour de lui, d’abord en faisant que les requins associent la présence d’appât à celle des plongeurs, ensuite en éparpillant des morceaux d’appâts anarchiquement sur la zone. Il est toujours bon dans un shark feeding qu'il y ait une zone "safe" où se trouvent les plongeurs et une zone où les requins se nourrissent

Les shark feeding sûrs, comme ceux de Walker’s Cay ou d’Aliwal Shoal évitent ces deux écueils. A Walker’s Cay, la boule d’appât est congélée, ce qui évite l’éparpillement. A Aliwal shoal, les opérateurs procèdent en deux temps. D’abord ils attirent les requins avec du chum (brouet odorant), puis, une fois les requins sur zones, laissent dériver un tambour de machine à laver rempli de sardine et accroché à une drumline sur laquelle sont accroché des carcasses de plus gros poissons pour les requin tigre. Aucun morceau d’appât ne se disperse. C’est alors seulement qu’ils laissent les plongeurs se mettre à l’eau.

C’est la clé. La source d’appât ne doit pas laisser échapper de morceaux de poissons et les requins ne doivent pas être nourri directement par l’homme. Ils doivent associer ce dernier à un prédateur qui comme eux a été attiré par l’odeur.

26.02.2008

Un requin bouledogue tue un plongeur lors d’un shark feeding

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Moi-même en snorkeling avec
un requin bouledogue aux Bahamas.







Un plongeur autrichien serait mort des suites de ses blessures, le week dernier en Floride, suite à un accident survenu lors d’un shark feeding, à 50 miles au sud est de Fort Lauderdale. Apparemment, l’opérateur ne serait pas des plus fiables, puisqu’il avait déjà été averti par courrier par Neal Watson qui supervise la plupart des shark feedings de la région, Bahamas comprises.

Le requin incriminé serait un requin bouledogue (bull shark) et aurait mordu le touriste à la jambe. Ce dernier serait mort de ses blessures après avoir été transporté en hélicoptère dans un hôpital de Floride. Probablement une perte de sang trop importante. C’est le danger lors d’une attaque de requin. Si d’ailleurs le nombre de mort n’a pas augmenté plus au cours des dernières décennies, cela est principalement dû à la rapidité des secours qui permettent des transfusions plus rapides.

Nul doute que cet accident va relancer le débat sur les shark feedings et notamment ceux qui impliquent des requins dits dangereux, comme celui-ci qui attirait régulièrement requins tigre et requins bouledogue.

C’est la première fois que j’entends parler d’un accident de la sorte sur le net. Même si dans la réalité ces accidents arrivent. Il faut reconnaître qu’ils sont généralement tus par les opérateurs et qu’une véritable omerta est soigneusement entretenue par les uns et les autres. J’ai pourtant réussi à savoir par diverses indiscrétions qu’un plongeur avait été mordu au visage lors du sardine run de l’année dernière. J’ai également eu vent d’une attaque provoquées, probablement mortelle, de requin tigre en Afrique du Sud, il y a quelques années. Il semblerait qu’une attaque (mortelle ou non je ne le sais pas) impliquant un requin océanique à pointe blanche ait aussi eu lieu sur un récif du large en Egypte (Brothers ou Elphinstone, je n’en sais rien). Les guides rencontrés sur place ne me l’ont jamais confirmée, mais ils n’ont jamais cherché à l’infirmer non plus. Leur silence semblait néanmoins éloquent. L’Egypte, qui ne comporte aucun Hélicoptère de secours, ce qui est tout de même une honte quand on pense à l’argent que les plongeurs du monde entier y déversent chaque année, est à cet égard un des pires endroits où un tel accident puisse survenir.

Il est fort dommage que ces accidents soient systématiquement tus. Les opérateurs doivent estimer, justement ou non, qu’ils procureraient une baisse de la fréquentation. Je n’en suis pas si sûr. Le silence qui les entoure me semble pire. Il empêche les touristes d'évaluer les risques qu'ils courent et empêche de faire le tri entre bons et mauvais opérateurs. Il entretient aussi les pratiques abusives comme celles que l’on voit à Elphinstone où les bateaux nourrissent fréquemment les requins océaniques alors même qu’un peu plus loin des plongeurs se jettent à l’eau. Il nourrit les rumeurs infondées (rien ne me prouve en effet que les accidents dont je vous parle aient bien eu lieu).

Il serait sain qu’un serveur rassemble des données concernant ces accidents. En attendant qu’un site plus développé ne s’y colle, je vous propose de m’envoyer un mail si jamais vous avez vent de tels accidents ou abus. Après vérification, je tâcherais de les mettre en ligne.

On pourrait d’ailleurs envisager la même chose pour les accidents de plongée qui sont bien souvent eux aussi soigneusement dissimulés. Or les accidents se répètent souvent de la même façon. Les connaître, c’est pouvoir les éviter.

Pour en revenir à cet accident précis, je ne saurais encore que dire. Si ce n’est qu’il faut bien se renseigner avant de faire confiance à un opérateur qui attire en pleine eau de tels requins. Il convient également de bien observer les procédures. Le requin est un animal d’habitude. Ainsi, aux Bahamas, un opérateur avait l’habitude de nettoyer le pont des restes d’appâts, une fois les plongeurs remontés. Les requins le savaient et attendaient ces derniers morceaux de poissons. Un jour, un plongeur, après sa plongée eut la mauvaise idée de nettoyer son masque en surface. Un requin le mordit sérieusement à la main.

Il convient donc de ne se livrer à ce genre d’activité qu’avec extrême prudence et en compagnie de vrais professionnels. Il faut être avec quelqu’un qui contrôle bien les mises à l’eau ainsi que les sorties et qui surtout sache empêcher les novices de se placer à contre-courant des appâts. Les squales ne doivent pas être nourris directement à la main, bien évidemment. En Afrique du Sud à Aliwal, deux opérateurs contrôlent parfaitement ces techniques avec les requins tigres. Reste que ceux-ci n’ont pu éviter des incidents liés à l’inconscience de certains plongeurs. Ainsi ai-je pu voir une vidéo dans laquelle un père ayant confié une caméra au caisson métallique bien scintillant à son fils, laissa celui-ci foncer directement sur l’appât à contre-courant, horizontalement sous la surface. Tout ce que les requins tigre apprécient. Un requin fonça droit sur le jeune homme, se saisit de la caméra et il s’en fallut d’un miracle qu’il ne soit pas blessé. Seule l’intervention immédiate de l’opérateur permit d’éviter l’accident.

En ce qui concerne les requins bouledogue, je ne les ai jamais vus appâtés en pleine eau, mais je suspecte que la chose puisse être dangereuse, dans la mesure où le bouledogue préfère les proies vivantes qui se débattent. Ainsi, à Walker’s Cay aux Bahamas, on ne les voit pas sur le site du shark rodeo. Même chose à Aliwal shoal où ils ne viennent pas sur les lieux des plongées avec les tigres. Il se pourrait donc que notre opérateur de Floride ait utilisé une technique dangereuse et peu au point. J’avais à cet égard aperçu une vidéo sur le net où l’on apercevait requins tigre et bouledogue sous l’eau, depuis l’arrière d’un bateau. Les plongeurs devaient être sous la plateforme arrière du bateau. La technique n’avait pas l’air très élaborée et les requins étaient forcément attirés par quelque chose lancé depuis le bateau.

Une chose n’est jamais à perdre de vue quand on plonge avec un requin. Si le risque d’accident est faible, les conséquences peuvent être désastreuses. On ne peut autoriser le moindre risque.

12.01.2008

La femelle du requin

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"De tous ces êtres humains, qui remuent les quatre membres dans ce continent peu ferme, les requins ne font bientôt qu’une omelette sans œufs, et se la partagent d’après la loi du plus fort. »

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

18.12.2007

Le requin qui attaquait les kangourous

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Un kangourou en pleine baignade (la photo n'est pas de moi).




Un évènement vient de faire la une de l’actualité marine globale. Un kangourou a été attaqué par un requin et n’a pas survécu à cette attaque. Quoi de tellement surprenant?

Pourquoi tout cela paraîtrait-il anormal ou insolite, puisqu’il y a des requins en Océanie et que les kangourous nagent? Mais voilà, justement, on ignorait tout de la propension aquatique du kangourou. Il y a des animaux improbables que l’on met inconsciemment à l’abri d’un redoublement d’improbable comme une attaque de requin.

Le coupable, je vous le donne en mille : le plus imaginatif des squales, le requin bouledogue, votre nouvel ami. On ne peut vraiment faire confiance qu’à lui pour animer les pages de la Sharkuterie.

Alors pourquoi cette nouvelle étonne t-elle ? Pour son incongruité. Parce qu'on se demande ce que le kangourou foutait là. Comme un top model italien accompagné d’un chef d’état qui visiterait Euro Disney par un dimanche après-midi de Décembre.

15.12.2007

Trunko, le monstre de Margate

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Le premier aileron de requin qu'ait aperçu mon fils, par un après midi de Juin 2005, sur la plage de Margate. Là même où s'échoua Trunko.

Par un matin d’Octobre 1924, alors que Lénine venait de relâcher depuis 10 mois sa vigilance sur un monde qui s’éloignait inexorablement d’une certaine vision du communisme, un étrange animal fut aperçu au large de Margate, qui faisait alors partie de ce que les Anglais avaient nommé l’Union Sud Africaine.

Les témoins rapportent qu’un animal marin, pourvu d’une longue trompe et couvert d’une fourrure d’ours blanc, aurait été vu livrant un dernier combat contre plusieurs baleines qui l’attaquaient sans rémission. Le combat dura, semble t-il, plusieurs heures

Plus tard, la carcasse du Léviathan s’échoua sur la plage où elle demeura pendant plusieurs jours sans que personne ne la photographiât. L’animal atteignait une taille qui, d’après les marseillais présents sur place, dépassait les 40 pieds.

Quelques prélèvements, à ma connaissance furent opérés, puis ensuite égarés. Il s’agissait d’un temps où les monstres se faisaient remarquer sans se faire totalement respecter. Il semblait normal que la profondeur recèle d’idées originales.

Pourquoi devrais-je vous raconter cette histoire à la con ? A cela deux raisons. La plage de Margate et ce flou que nos cerveaux du 21ème siècle peuvent dissiper si facilement.

C’est sur la plage de Margate que mon fils par un jour de juin a vu son premier requin dans cinquante centimètres d’eau. Il s’agissait d’un grand requin sombre qui poursuivait une poche de sardines lors de la migration annuelle. C’est une attaque mortelle sur la même plage en 1957 qui déclencha la pose de filets sur toute la côte du Natal. Il s’agit d’une plage exceptionnelle, car elle fait face à un récif coralien à nul autre pareil. Il s’agit du seul récif à ma connaissance où le chaud et le froid se soient donnés rendez-vous. Quasiment toutes les espèces majeures de requins peuvent y être observées : requin blanc, requin tigre, requin bouledogue, requin mako, requin renard, requin taureau, requin sombre, requin cuivre, requin marteau halicorne etc. Comme par hasard, c’est à cet endroit-là que s’est manifesté Trunko. Il a choisi le dernier récif vers le sud. La dernière station essence.

Venons-en à la seconde raison. Que s’est-il vraiment passé ? Pour moi, cette histoire est beaucoup plus simple que ce que la collectivité solidaire des brêles indécises agrégées vous racontera sur Wikipedia. Il n’y a qu’une seule possibilité.

Il s’agissait tout simplement d’une bâston entre requins. Pas d’ours, pas de trompe, pas d’éléphant, pas de baleines. Juste des requins.

Curieusement, c’est l’identité du monstre qui est la plus facile à déterminer. Il s’agissait sans aucun doute possible d’un requin pèlerin en état de décomposition avancée. La mâchoire s’était détachée, faisant paraître son petit crâne comme le bout d’une trompe, et les tissus en décomposition prenaient l’apparence de poils, mais là ne comptez pas sur moi pour vous expliquer pourquoi.

On pourrait se demander s’il ne s’agissait pas plutôt d’un requin baleine, mais il me semble que c’est très improbable, même si l’espèce, comme le requin pèlerin, à déjà été aperçue sur Protea (et récemment sur Aliwal Shoal en 2006). D’autres récits, dont celui d’un spécimen pêché par un cargo japonais au large de la Nouvelle Zélande en 1977(dont on fit courir le bruit qu’il s’agissait peut être d’un spécimen de plésiosaure), prouvent que c’est le requin pèlerin qui se décompose de cette façon. La seule chose que je ne comprenne pas est la raison pour laquelle il flotte en surface. Peut-être aspire t-il de l’air pour maintenir une flottabilité neutre, comme le font le requins taureaux ?

Mais bon, vraiment, faites-moi confiance, la question intéressante est ailleurs. Quelles étaient ces baleines qui l’attaquaient ? D’après moi, il ne pouvait s’agir de baleine. Le terme de baleine employé par les témoins ayant assisté à la scène à distance ne peut être pris au mot. La notion de baleine désignait à cette époque une foultitude de choses pas très claires. Les baleines qui traînent à cette moment-là de l'année (et ce n’est pas l’heure de pointe) dans ces eaux, n’attaqueraient jamais une carcasse de requin mort.

Les seuls cétacés qui auraient pu à mon sens se livrer à de telles activités seraient des cétacés carnivores comme les orques. Je n’y crois pourtant pas. Les orques ne sont pas des charognards. Qui plus est, leur présence à cet endroit, à ce moment, serait tout à fait surprenante. Ils s’aventurent parfois aussi près des côtes en juin , pendant le Run, mais pas en octobre. S’il s’agissait d’orques d’ailleurs, une autre possibilité serait envisageable. Les faux orques. J’en aperçu un en 2005, j’ai sauté à l’eau, personne ne m’a suivi, et lui même ne m’a pas attendu. Ca tombait bien, je ne connaissais pas personnellement ces dauphins aux longues dens.

Alors de quoi pouvait-il bien s’agir. D’après moi de plusieurs requins blancs. Leurs charges verticales soulevèrent sans doute la carcasse au point de donner l’impression qu’elle était vivante. On savait s’amuser en 1924.

Il aurait pu s’agir aussi de requins tigres, mais c'est peu probable. Il s’agit certes d’un de leur terrain de chasse privilégié, mais ce n’est ni leur saison, ni leur mode d’opération.

Donc voilà la version officielle : un requin pèlerin mort s’est fait ce jour là dépouiller par plusieurs requins blancs. C’est tout.

Les monstres sont une ressource que nous avons épuisée. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais au cours de cette histoire, je viens d’en faire disparaître un.

20.11.2007

Un requin bouledogue en Irak

Pauvres irakiens qui ne sont à l’abri nul part. Les américains et les attentats sur terre et maintenant des requins dans les fleuves.

Vous l’avez peut être entendu, un requin a été trouvé mort dans les filets d’un pêcheur non loin de Nassiriyah à 200 kms de la mer, en Irak. Il s’agirait d’un spécimen d’environ 2 m, et 110 kg, décrit comme étant un requin blanc ayant commis une escapade suicidaire en eau douce dans l’Euphrate.

Vous vous en doutez, il ne s’agit évidemment pas d’un requin blanc. Je vous le confirme, j’ai vu une photo de l’animal. Pas plus d’un requin taureau, comme le prétendent d’autres sites pseudo-érudits (erreur habituelle de traduction de bullshark en français), mais bien d’un requin bouledogue.

Les sites qui rapportent cet évènement parlent d’une prise inédite. Ce n’est pas non plus tout à fait vrai. Le requin bouledogue a fréquenté pendant de nombreuses années l’Euphrate, ainsi que le Tigre, autre fleuve d’Irak. Les individus à ailerons qui fréquentent ce genres d’eaux fluviales le font essentiellement, quand il s’agit de spécimens de petite taille (environ 1m), pour se préserver des prédateurs. On les trouve alors souvent aux embouchures des fleuves. Pour ce qui est des individus de plus grande taille, il s’agit le plus souvent de femelle qui viennent mettre bas. La constitution particulière de cette espèce lui autorise ces séjours prolongés en eau douce (cf. article : « Dans quelles circonstances le requin bouledogue en vient-il à attaquer ? »).

Si la présence du bouledogue dans l’Euphrate semble avoir été oubliée, c’est que cette espèce a progressivement déserté les fleuves qui étaient son domaine jadis. Il y a de cela 5 ans, dans le cadre d’un reportage sur les attaques de 1916 dans le New Jersey, une équipe de National Geographic avait eu le plus grand mal à trouver un tout petit spécimen de bouledogue mort, après trois semaines de tournage sur le Gange, alors qu'il "infestait" jadis ce fleuve. Le Zambèze, qui était son royaume et qui lui a valu son surnom en Afrique australe (requin du Zambèze), ne fait lui même plus partie de ses fleuves prédilections, obstrué qu’il est par de nombreux barrages.

Si la présence des américains en Irak est contestable, celle d'un requin bouledogue dans l’Euphrate l'est beaucoup moins. Il ne fait que revenir, peut être à l’occasion de circonstances exceptionnelles, sur un territoire dont on l’a chassé, il y a peu. Peut-être s'agit-il d'ailleurs d'un ultime pélerinage. Qui sait si l’on reverra un jour un autre requin bouledogue dans l’Euphrate ?

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